Les taux planchers incitent de nombreuses entreprises à s’endetter. Mais, jugées souvent trop fragiles, de nombreuses TPE peinent à profiter de cette manne. L’Île-de-France en tête, plusieurs Régions commencent à se mettre en mouvement pour proposer des solutions. Décryptage.

Emprunter : une nécessité pour gagner en agilité… ou simplement survivre

Le baromètre Banque de France : une prise de température trimestrielle

Chaque trimestre, la Banque de France mène une enquête auprès de plusieurs milliers d’entreprises afin d’évaluer leur accès au financement bancaire. Hausse significative des encours enregistrée par tous les réseaux bancaires, taux d’intérêt très bas… a priori, tous les indicateurs sont au vert. Pourtant, les 2 500 TPE qui ont répondu évoquent des difficultés croissantes pour emprunter les sommes nécessaires à leur croissance, ou tout simplement à leur survie.

Des disparités en hausse, selon la taille de l’entreprise et la destination des fonds

Comme le constatent nombre d’observateurs, il est souvent plus facile d’emprunter un million que 10 000 €. Réputées plus fragiles que les structures plus importantes, les TPE sont les premières victimes d’une réglementation qui impose aux banques une certaine prudence. Alors que sur un an, la quasi-totalité des ETI et 94 % des PME ont obtenu au moins 75 % des sommes demandées pour financer leurs investissements, les TPE culminent à seulement 82 %.

Côté crédit de trésorerie, la situation leur est encore moins favorable : seules deux TPE sur trois (contre 83 % des PME) sont parvenues à se faire prêter les fonds demandés.

Pour compenser tout ou partie de cet écart, les banques orientent les petites structures vers leurs filiales spécialisées dans l’affacturage. Une solution bien moins risquée pour elles, puisque les fonds délivrés le sont en contrepartie d’une créance qu’elles se chargent ensuite de recouvrer.

Une fatalité ? Pas forcément !

Le Conseil économique et social tire le signal d’alarme

Si d’un trimestre à l’autre, le baromètre de la Banque de France évolue, reflétant ici et là d’éphémères embellies, la situation reste durablement préoccupante aux yeux du Conseil économique, social et environnemental, auteur d’un rapport consacré à l’accès au financement du développement des PME/TPE, rendu public au printemps 2017.

Outre un état des lieux, ce rapport préconise plusieurs mesures destinées à « réconcilier les statistiques bancaires et le ressenti des entrepreneurs », en particulier les dirigeants des structures de moins de dix salariés, et faire en sorte que la France ne soit plus, avec la Grèce, l’un des deux seuls pays de la zone euro où la demande est supérieure à l’offre. Le premier levier suggéré est tout naturellement d’ordre public. Le CESE recommande d’élargir l’action de BpiFrance, la banque publique d’investissement partenaire de nombre d’ETI et de PME, au bénéfice des TPE.

Des garanties au Prêt croissance : les régions au cœur de l’action

Dès 2016, la Région Ile-de-France, particulièrement active depuis des années auprès des start-ups et des entreprises innovantes, a mobilisé BpiFrance pour lancer une nouvelle forme de prêt sans garantie, destiné aux entreprises de moins de 50 salariés, justifiant au minimum de trois années d’existence et dont l’essentiel de l’activité est localisé sur le territoire francilien. D’un montant compris entre 10 000 et 50 000 €, le Prêt croissance finance des investissements matériels, mais aussi immatériels liés à des projets de développement. R&D, formation du personnel, marketing, publicité ou encore création d’un site web : ces dépenses immatérielles sont en effet les plus difficiles à vendre aux établissements bancaires classiques, qui préfèrent de loin contribuer à l’acquisition de biens physiques (immobilier, véhicules ou encore machines), susceptibles de servir de garantie.

Bien qu’encore expérimental, le concept a rapidement fait école. En Auvergne-Rhône-Alpes, un Prêt croissance TPE/PME a vu le jour, pour financer les dépenses immatérielles et les besoins en fonds de roulement liés à des projets de développement, notamment à l’international. Son montant peut atteindre 300 000 €.

Une version intermédiaire est, depuis le printemps 2017, proposée par plusieurs autres régions, notamment les Hauts-de-France, la Bretagne ainsi que par le Conseil économique et social qui en préconise la généralisation à l’ensemble du territoire. Ces Prêts croissance peuvent être sollicités en ligne, via les sites des régions.

Pour démarrer ou grandir, maximiser l’effet levier

Certains dispositifs déployés par les collectivités restent néanmoins des cofinancements adossés à des prêts classiques, à des apports en fonds propres ou à des opérations de crowfunding. D’autres visent à faciliter l’accès au crédit au moyen de garanties et de principes de partage de risque destinés à lever les réticences des partenaires financiers et à attirer d’éventuels investisseurs.

Les budgets alloués à ces opérations restant modérés au regard des besoins, l’objectif premier est de générer un effet levier, qui permet, pour un euro investi, d’en réunir jusqu’à cinq ou dix. Ces prêts limitent aussi la caution solidaire du dirigeant, généralement exigée par les établissements financiers.

 

Financement participatif : un filon encore peu exploité

On le croit, à tort, réservé à des actions solidaires et limité à des microcrédits finançant des initiatives individuelles. Sous la forme de prêt avec ou sans intérêt, de prise de participation ou même de don, le crowfunding – ou financement participatif – est devenu un moyen efficace de lever des fonds tout en préservant son indépendance. Des start-ups aux médias en ligne, des créateurs de jeux vidéo aux porteurs de projets innovants… de plus en plus d’entrepreneurs y recourent. La mise en relation entre demandeurs et financeurs est opérée par une plateforme spécialisée, qui se rémunère au passage.

En parfaite adéquation avec l’esprit collaboratif actuel, le crowfunding présente en outre l’avantage de pouvoir estimer le potentiel de son projet à l’aune des réactions des internautes. Cette option via le web ne dispense toutefois pas de proposer un projet mature, concret, attractif… ni de mobiliser son réseau personnel pour enclencher le processus.

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