Olympes : quand l’argent devient un levier d’égalité femmes-hommes
Longtemps considéré comme un sujet technique ou tabou, l’argent reste aujourd’hui un puissant facteur d’inégalités entre les femmes et les hommes. Avec Olympes, la fintech fondée par Nawel Boutarouk, l’ambition est claire : donner aux femmes les moyens de reprendre le pouvoir sur leurs finances et de construire leur matrimoine.
Publié le 06/03/2026
Olympes, une fintech matrimoniale
Olympes propose un accompagnement digital hyper-personnalisé pour aider les femmes à reprendre le contrôle de leur argent et à se constituer un matrimoine.
Le parcours débute par un questionnaire de personnalité financière permettant d’analyser le rapport à l’argent de chaque femme : ses priorités, ses comportements financiers et les biais cognitifs qui peuvent influencer ses décisions. À partir de cette analyse, Olympes aide à clarifier les projets de vie — qu’il s’agisse de voyages, de travaux, d’investissement immobilier ou financier, ou encore d’épargne de précaution — et à définir un plan d’action concret et personnalisé pour les réaliser.
Rencontre avec sa fondatrice Nawel Boutarouk
«Nos décisions financières sont profondément influencées par nos émotions, nos biais cognitifs et notre histoire personnelle.», témoigne la Fondatrice et CEO d'Olympes.
Parlez-nous d’Olympes. De sa genèse.
Nawel Boutarouk : La genèse d’Olympes part d’un constat simple mais profondément troublant : partout dans le monde, les femmes ont accès à l’information financière, mais elles passent beaucoup moins à l’action.
Avant de créer Olympes, j’ai échangé pendant plusieurs années avec des femmes dans différents contextes culturels et économiques, d’abord en Afrique, puis en Europe et dans d’autres régions du monde. Mon objectif était de comprendre pourquoi, malgré un bon niveau d’éducation et une réelle capacité d’épargne, les femmes restent sous-représentées parmi les investisseurs et dans les décisions financières.
Les réponses étaient étonnamment similaires d’un continent à l’autre. Le problème n’était pas seulement un manque de connaissances. Il s’agissait surtout de freins psychologiques, sociaux et culturels : peur de se tromper, sentiment d’illégitimité, pression sociale ou absence de modèles.
C’est à partir de cette compréhension qu’est née l’idée d’Olympes : créer une approche nouvelle de la finance qui ne se limite pas à transmettre de l’information, mais qui aide réellement les femmes à passer à l’action.
Aviez-vous une expérience ou une expertise en finance ?
N. B. : Mon parcours initial n’a rien à voir avec la finance.
Je suis ingénieure de formation et j’ai commencé ma carrière dans la cybersécurité. J’ai toujours été attirée par les sujets complexes et systémiques, où la technologie peut aider à résoudre des problèmes structurels. Ce qui m’a poussée à créer Olympes n’est pas un événement personnel isolé, mais une prise de conscience progressive : l’exclusion financière des femmes est un enjeu économique majeur.
De nombreuses études internationales montrent que les femmes détiennent moins d’actifs financiers que les hommes et investissent moins sur les marchés financiers, alors même qu’elles vivent plus longtemps en moyenne. Des institutions comme la Banque mondiale ou le World Economic Forum soulignent que réduire cet écart pourrait avoir un impact macro-économique significatif.
J’ai donc voulu créer une entreprise capable d’apporter une réponse concrète à ce problème.
En quoi l’investissement des femmes dépasse-t-il la seule question de l’égalité ?
N. B. : L’enjeu principal est l’autonomie économique des femmes.
Aujourd’hui, les femmes accumulent en moyenne moins de matrimoine financier que les hommes. Cela peut créer une vulnérabilité importante sur le long terme, notamment au moment de la retraite, lors de séparations ou dans les périodes de transition professionnelle.
Mais l’enjeu est aussi collectif.
Si davantage de femmes investissent, cela influence l’économie réelle. Plusieurs études montrent que les femmes ont tendance à privilégier des investissements plus diversifiés et souvent plus durables. Autrement dit, ce n’est pas seulement un sujet d’égalité. C’est aussi un levier de transformation économique.
C’est dans cette perspective qu’Olympes agit : aider les femmes à comprendre leurs biais, renforcer leur confiance et prendre des décisions financières éclairées.
Le saviez-vous?
- 50% des femmes n’ont pas de planification financière.
- 82% des femmes disent manquer de connaissances financières.
Quel est le profil des personnes que vous accompagnez ?
N. B. : Olympes accompagne principalement des femmes actives, souvent diplômées, qui ont une capacité d’épargne mais qui n’ont jamais vraiment investi ou structuré leur stratégie patrimoniale. Ce sont souvent des cadres, des entrepreneures ou des professions libérales qui ont conscience de l’importance de ces sujets, mais qui manquent de temps, de repères ou de confiance pour se lancer.
Nous travaillons également avec des entreprises et des institutions financières qui souhaitent proposer ce type d’accompagnement à leurs collaboratrices ou à leurs clientes. Notre ambition est d’accompagner plusieurs milliers de femmes chaque année dans les prochaines étapes de développement d’Olympes.
Qui compose votre équipe et quels sont les domaines d’expertise représentés ?
N. B. : Olympes s’appuie sur une équipe pluridisciplinaire. Nous réunissons des expertises qui sont rarement rassemblées dans le monde financier : technologie, gestion de matrimoine, asset management, neurosciences et conception de produits à destination B2B et B2C. L’équipe comprend des développeurs, des conseillères en gestion de matrimoine, des experts financiers et des spécialistes des sciences cognitives. Cette diversité est essentielle, car la relation à l’argent est à la fois un sujet technologique, psychologique et économique.
Vous parlez de neurosciences. Comment cela s’imbrique-t-il concrètement dans le projet ?
N. B. : La finance est souvent perçue comme un domaine purement rationnel. En réalité, nos décisions financières sont profondément influencées par nos émotions, nos biais cognitifs et notre histoire personnelle.
Chez Olympes, les neurosciences sont au cœur de notre approche. Elles nous permettent d’identifier les freins psychologiques les plus fréquents – peur de la perte, aversion au risque, sentiment d’illégitimité ou procrastination financière – et de comprendre comment ils influencent concrètement la gestion de l’argent.
Nous avons travaillé avec des experts en neurosciences et entamons une collaboration avec le MIT, où j’ai moi-même étudié. Cette alliance nous permet d’intégrer les dernières avancées scientifiques en sciences comportementales et d’ancrer nos outils et parcours dans une rigueur académique de pointe.
Concrètement, nos parcours personnalisés aident chaque femme à :
comprendre ses mécanismes de décision ;
détecter et corriger ses biais ;
adopter des comportements financiers alignés avec ses objectifs.
Cette approche transforme l’éducation financière traditionnelle en une méthode scientifiquement guidée, personnalisée et véritablement efficace, combinant expertise académique et innovation pratique.
Plus de 1 000 femmes ont déjà été accompagnées par Olympes
Le parcours commence par une première phase dédiée à un accompagnement personnalisé permettant de réaliser un bilan financier à 360° et de définir une stratégie adaptée à chaque situation. Coût : 360 €.
Il se poursuit ensuite par une phase d’abonnement avec la mise en œuvre et le suivi via l’application Olympes. Celle-ci combine personnalisation et automatisation afin d’aider les femmes à transformer leurs décisions financières en actions concrètes et durables. Abonnement mensuel : à partir de 19,90 €.
Y a-t-il un parcours qui vous a particulièrement marquée parmi les femmes que vous avez accompagnées ?
N. B. : Une histoire m’a particulièrement marquée.
Il s’agissait d’une femme travaillant depuis plus de quinze ans dans un grand groupe international. Elle avait une capacité d’épargne importante mais n’avait jamais investi. Elle laissait l’essentiel de son argent sur des comptes peu rémunérés, par peur de faire une erreur.
Au fil de l’accompagnement, elle a réalisé que cette peur venait en grande partie de messages intériorisés très tôt : l’idée que la finance était un domaine réservé aux experts ou aux hommes. Quelques mois plus tard, elle avait construit sa première stratégie d’investissement. Mais surtout, elle avait changé de regard sur sa propre capacité à prendre des décisions financières. C’est ce type de transformation qui donne tout son sens à notre travail.
Quelle vision guide aujourd’hui le développement d’Olympes ?
N. B. : À court terme, notre ambition est d’accélérer le déploiement d’Olympes auprès des entreprises et des institutions financières. De plus en plus d’organisations comprennent que l’autonomie économique des femmes est un enjeu stratégique, à la fois pour leurs collaboratrices et pour leurs clientes.
À plus long terme, notre ambition est plus large : contribuer à transformer la manière dont la finance est pensée et enseignée.
Si nous réussissons, Olympes ne sera pas seulement une plateforme ou un service. Ce sera un mouvement qui aura contribué à changer la relation des femmes à l’argent.