grand-mère tenant dans ses bras sa petite fille

Étude : quand la retraite accentue les inégalités femmes-hommes

Notre modèle français de retraite, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, contribue à fragiliser économiquement les femmes. Elles paient le prix des inégalités accumulées tout au long de leur vie professionnelle et personnelle. C’est la conclusion implacable d’une étude menée par la Fondation des femmes, “Le coût d’être retraitée”. Décryptage.

Deux chiffres clés en préambule :

  • Les hommes perçoivent des pensions de retraite en moyenne 62 % supérieures à celles des femmes.

  • Près de 75 % des retraités modestes (ceux percevant moins de 1 000 euros par mois) sont des femmes.
     

Un système de retraite construit sur un modèle familial dépassé

Le système français de retraite a été construit en 1945 autour d’un modèle familial aujourd’hui largement dépassé : celui d’un homme qui travaille, pourvoie aux principales dépenses du ménage, tandis que sa femme, en charge du foyer et des enfants, en est dépendante économiquement. Une vision désormais archaïque mais qui continue de structurer en profondeur les règles de calcul des pensions. De fait, il ne tient pas compte des femmes qui divorcent, élèvent seules leurs enfants ou interrompent leur carrière pour les élever.
 

Une dépendance renforcée par les règles des prestations sociales

De même, de nombreuses prestations sociales et minima sociaux individuels sont conditionnés aux revenus du conjoint, en partant du principe dit de solidarité conjugale : même si une femme a de faibles revenus, elle ne percevra pas de prestations si son conjoint gagne suffisamment. Ce principe évince alors l’intérêt personnel des femmes, car très majoritairement ce sont elles qui gagnent moins que les hommes, et il entretient une dynamique de dépendance économique femmes-hommes.
 

La retraite, révélateur des inégalités accumulées tout au long de la vie

Le modèle de retraite repose sur un principe contributif : chacun cotise proportionnellement à ses revenus et reçoit une pension de retraite calculée selon son niveau de cotisation (durée de cotisation et montant des contributions). Un modèle qui, s’il semble de prime abord équitable, repose sur de nombreux biais.
 

Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à avoir interrompu leurs carrières, notamment pour s’occuper des enfants. Or, les carrières hachées sont doublement pénalisées par une moindre contribution (donc un moindre montant de pension) et par un système de décote qui oblige à attendre 67 ans pour pouvoir prendre sa retraite à taux plein.
 

Les femmes sont aussi plus nombreuses à avoir travaillé à temps partiel au moins une partie de leur carrière. Or, le temps partiel entraîne des cotisations retraite partielles elles aussi, puisque les cotisations sont proportionnelles aux revenus.  La baisse du taux de remplacement (pourcentage du revenu d'activité conservé à la retraite) est estimée à 12% dans le public et de 4 à 13% dans le privé.
 

Le calcul sur les vingt-cinq meilleures années dans le secteur privé (les six derniers mois dans le secteur public) favorise les carrières complètes, à taux plein et ascendantes. Pour les carrières courtes, c’est une double peine qui s’ajoute à la décote : les mauvaises années sont quasiment toutes prises en compte.
 

Ainsi, notre système d’assurance retraite en France ne se contente pas de reproduire les inégalités accumulées tout au long de la vie, il a tendance à les amplifier.
 

Vieillir pauvre : une réalité massivement féminine

Près de trois quarts des retraités percevant moins de 1000 euros par mois sont des femmes. Lorsquelles nont pas suffisamment cotisé, beaucoup doivent recourir à des minima sociaux comme lAllocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA). Si ces dispositifs permettent d’éviter lextrême pauvreté, ils soulignent surtout l’échec dun système censé garantir une retraite digne après une vie de travail rémunéré ou non.

Des mécanismes compensateurs insuffisants et inégalitaires

Droits familiaux, pensions de réversion, majorations pour enfants : ces aides financières atténuent partiellement les écarts, mais restent profondément ancrés dans des normes patriarcales. Elles reposent souvent sur le mariage et prolongent une dépendance économique vis-à-vis du conjoint. Les réalités contemporaines ne sont pas prises en compte : divorces, monoparentalité, familles recomposées, ou carrières longues interrompues pour des raisons sociales.

La pénibilité des métiers « féminins » invisibilisée

La pénibilité du travail reste largement pensée à travers des métiers masculinisés. Pourtant, les professions majoritairement féminines – nettoyage, restauration collective, soins, services à la personne – exposent à des risques physiques et psychosociaux importants. Gestes répétitifs, port de charges (le plus souvent des objets inanimés pour les hommes et des personnes pour les femmes), produits chimiques, pression émotionnelle: cette pénibilité reste insuffisamment reconnue, alors même que les accidents du travail ont fortement augmenté chez les femmes ces dernières années.

La réversion, un mode de calcul qui pénalise encore les femmes

Les pensions de réversion profitent surtout aux femmes, qui vivent plus longtemps et sont donc plus souvent veuves, mais elles restent profondément inégalitaires: seules les personnes mariées y ont droit, excluant les femmes seules ou pacsées, et les règles peuvent réduire ou supprimer la réversion en cas de nouvelle union. Pourtant, 25 % des familles sont aujourd’hui monoparentales et le divorce appauvrit les femmes.

Une retraite peu libératrice pour les femmes

L’inégale répartition des tâches, qu’elles soient domestiques ou liées à la prise en charge des autres, se prolonge largement dans la vieillesse. Les retraitées restent souvent enfermées dans le rôle de « maîtresse de maison » et constituent le pilier invisible des solidarités familiales, notamment en tant que grands‑mères. À l’âge où beaucoup d’hommes se retirent du marché du travail, les femmes continuent d’assumer une charge importante de travail non rémunéré : garde des petits‑enfants, soutien à des proches dépendants, organisation du quotidien, engagements associatifs. 
 

Conclusion 

Le système de retraite continue de favoriser les trajectoires conformes à la norme historique: carrière longue et continue, vie conjugale stable. Les femmes qui s’en écartent celles qui divorcent, élèvent seules leurs enfants ou interrompent durablement leur activité restent fortement pénalisées. L'enjeu est donc central: permettre aux femmes d’acquérir de véritables droits propres, garantissant à la fois autonomie et sécurité économique. Retraite des femmes, nouveau champ de bataille féministe ?

 

 

Cette étude a été réalisée par La Fondation des Femmes dans le cadre de son Observatoire de l’émancipation économique des femmes, en partenariat avec la newsletter ViveS Média.