Médecin : comment cumuler retraite et emploi ?
Les médecins retraités peuvent poursuivre leur activité professionnelle tout en percevant leur pension grâce au cumul emploi-retraite. Pratiqué par plus de 13 500 médecins en 2026, ce dispositif répond aux besoins des territoires confrontés aux déserts médicaux. Deux modalités existent : le cumul intégral sans limitation de revenus et le cumul plafonné avec des seuils à respecter. Les conditions d'accès varient selon l'âge, la durée d'assurance et la liquidation complète des droits à retraite.
Publié le 15/04/2026 - 6 min
Un médecin peut-il travailler à la retraite ?
Oui, un médecin peut parfaitement continuer à exercer après son départ à la retraite. Cette possibilité s'appelle le cumul emploi-retraite et connaît un succès croissant dans la profession médicale.
Le cumul emploi-retraite est en constante augmentation depuis 2009, date de sa première libéralisation. Plus de 13 500 praticiens ont fait ce choix en 2026, représentant environ 11 % des médecins en activité.
Ce dispositif répond à plusieurs motivations. Certains souhaitent maintenir un lien avec leurs patients et transmettre leur expérience aux jeunes confrères. D'autres cherchent à compléter leur pension ou à organiser une transition progressive vers l'arrêt définitif de leur activité.
Le cumul emploi-retraite présente aussi un enjeu de santé publique majeur. Il est particulièrement important dans les zones de "déserts médicaux" où les médecins retraités actifs contribuent significativement au maintien de l'accès aux soins. Leur expertise reste précieuse pour répondre aux besoins croissants de la population.
Dans quelles conditions un médecin peut cumuler emploi et retraite ?
Le cumul emploi-retraite peut-être total (aussi dit « intégral ») ou partiel (aussi dit « plafonné »).
Cumul emploi-retraite intégral
Vous souhaitez continuer votre activité professionnelle pendant la retraite, ou la reprendre après une période d’arrêt ? Vous y avez droit, sans limitations de revenus, si vous remplissez les conditions suivantes :
- avoir atteint l’âge légal de la retraite, soit entre 62 et 64 ans, selon votre année de naissance ;
- avoir validé le nombre de trimestres requis pour une retraite de base à taux plein OU avoir atteint l’âge de la retraite à taux plein automatique ;
- avoir procédé à la liquidation de l’ensemble de vos retraites, auprès des régimes de retraite obligatoires, retraite complémentaires et supplémentaires le cas échéant.
Attention : si vous bénéficiez d’une retraite anticipée pour carrière longue, ou en qualité d’handicapé ou d’ancien combattant, vous ne pouvez pas prétendre au cumul intégral emploi-retraite. Il en est de même pour les parents de 3 enfants qui ont interrompu leur activité pour en éduquer un.
Cumul emploi-retraite plafonné
Vous ne remplissez pas les conditions de cumul intégral ? Vous pouvez tout de même poursuivre votre activité libérale pendant la retraite, mais le versement de votre pension retraite sera suspendu au-delà d'un plafond de revenus de 48 060 € pour l’année 2026 , à concurrence du dépassement. C’est le cumul avec limitation de revenus.
Pour les praticiens hospitaliers, retraités de la fonction publique, le cumul sera limité à un tiers du montant annuel brut de la pension, augmenté de 7 549,92 €.
Sont à noter 2 exceptions :
- les revenus tirés de la participation à une permanence de soins ne sont pas soumis à limitation car ils sont considérés comme remplissant une mission de service public ;
- sous certaines conditions, les revenus des activités juridictionnelles, artistiques, littéraires, consultatives et scientifiques n’y sont pas soumis non plus.
Quelles sont les démarches pour cumuler votre emploi de médecin et votre pension de retraite ?
Déclaration de l’activité à sa caisse de retraite (CARSAT, CNAV, CARMF, IRCANTEC…)
La déclaration de votre activité constitue une formalité obligatoire auprès de votre caisse de retraite. Cette démarche varie selon votre statut : les médecins libéraux s'adressent à la CARMF, tandis que les praticiens hospitaliers contactent la CARSAT ou l'IRCANTEC selon leur régime d'affiliation.
Votre dossier doit comprendre une attestation sur l'honneur précisant les revenus estimés de votre nouvelle activité. Les praticiens en cumul intégral doivent également certifier avoir liquidé l'ensemble de leurs pensions obligatoires et complémentaires. Cette décision administrative détermine directement les modalités de versement de votre pension.
Par exemple, un médecin généraliste reprenant des vacations dans un établissement de santé devra déclarer ces revenus même s'ils restent modestes. Tout changement de situation doit être signalé rapidement pour éviter un rappel de cotisations ou une suspension temporaire des versements.
- Prévenez ensuite le Conseil départemental de l’Ordre des médecins de votre demande de retraite avec cumul d’activité libérale.
- N’oubliez pas de maintenir votre assurance responsabilité civile professionnelle (RCP).
- Effectuez toutes les démarches habituelles auprès des organismes professionnels tels que l’URSSAF, la caisse d’Assurance Maladie, etc.
Qu'en est-il des cotisations retraite en cas de cumul ?
Jusqu’en juin 2023, le cumul donnait lieu au paiement de cotisations retraite, sans que celles-ci n’ouvrent de droits retraite supplémentaires. Pour maintenir l'accès aux soins et lutter contre les déserts médicaux, un décret entré en vigueur en juin 2023 exonère désormais de cotisations retraite les médecins libéraux en cas de cumul emploi-retraite intégral, lorsque le revenu professionnel non salarié ne dépasse pas 80 000 €/an.
Il vous sera également possible de demander une dispense d’affiliation au régime ASV (avantage social vieillesse) sous certaines conditions.
Quel est l'âge maximum pour un médecin souhaitant cumuler emploi et retraite ?
Contrairement à de nombreux secteurs professionnels, aucune limite d'âge maximale n'est imposée aux médecins souhaitant exercer en cumul emploi-retraite. Cette absence de plafond d'âge constitue une spécificité remarquable de la profession médicale.
Les praticiens peuvent maintenir leur activité libérale aussi longtemps qu'ils le souhaitent et que leur état de santé le permet. Seules les conditions d'aptitude physique et mentale, évaluées par le Conseil de l'Ordre des médecins, peuvent limiter la poursuite de l'exercice. Cette flexibilité totale permet aux médecins expérimentés de continuer à servir leurs patients sans contrainte temporelle.
À noter
La réforme prévue pour janvier 2027 pourrait modifier ces règles. Les nouveaux retraités devront alors atteindre l'âge du taux plein automatique pour bénéficier d'un cumul intégral sans restriction de revenus.
Conservez votre assurance responsabilité civile professionnelle !
Si vous envisagez de reprendre une activité libérale pendant votre retraite, conservez l'assurance responsabilité civile professionnelle que vous aviez souscrite afin de vous protéger contre les risques de contestations ou de plaintes de la part des patients.
Si vous la résiliez et que vous en souscrivez une nouvelle plus tard, la prime d’assurance sera considérablement plus élevée au moment de la reprise de votre activité, du fait de l’accroissement du risque lié à l’âge.
Cumul emploi-retraite des médecins
Vous questions/Nos réponses
Le volume horaire n'est soumis à aucune restriction réglementaire pour les médecins en cumul emploi-retraite. Chaque praticien organise librement son planning selon ses préférences personnelles et sa capacité physique. Certains choisissent quelques consultations par semaine, d'autres maintiennent un rythme plus soutenu.
Cette liberté d'organisation permet une transition progressive vers l'arrêt complet d'activité. Un médecin peut débuter avec deux demi-journées par semaine puis ajuster selon ses besoins. L'absence de contraintes horaires minimales ou maximales facilite l'adaptation du rythme professionnel aux projets personnels.
Seules les obligations déontologiques et la capacité d'assurer une prise en charge médicale de qualité encadrent cette pratique. Le Conseil de l'Ordre veille au maintien des compétences professionnelles, indépendamment du nombre d'heures exercées.
Le calcul du montant de la retraite d'un médecin généraliste repose sur plusieurs éléments. Tout d'abord, la durée d'affiliation à la Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France (CARMF) et le nombre de trimestres cotisés.
En effet, pour bénéficier du taux plein, les cotisations d'un médecin doit avoir atteint un certain nombre de trimestres, tous régimes de base confondus. Les professionnels de santé libéraux cotisent pour préparer leur retraite auprès de deux ou trois régimes : le régime de base des professions libérales, le régime complémentaire des médecins et enfin, pour les professionnels de santé conventionnés, le régime Avantage social vieillesse (ASV), dont les cotisations sont prises en charge aux deux-tiers par la Sécurité sociale. Chaque trimestre cotisé donne droit à un certain nombre de points qui, multipliés par la valeur du point et réduits ou augmentés d'éventuelles surcote et décote, donneront le montant de la retraite.
Un médecin entièrement à la retraite conserve la possibilité de continuer à prescrire des médicaments. Cependant, cela est soumis à certaines conditions. Tout d'abord, le médecin doit rester inscrit au Tableau de l'Ordre des Médecins. Ensuite, les prescriptions doivent être établies à titre gratuit et sont généralement réservées à lui-même et à ses proches. Parmi ces derniers, on compte son conjoint, ses parents, ses enfants et petits-enfants, ainsi que ses frères et sœurs.