Comment comptabiliser une perte ou un vol de marchandise ?
Une entreprise qui stocke des biens ou des marchandises peut se retrouver avec des pertes, qu’il s’agisse de produits périmés ou cassés qu’elle doit jeter, ou encore de marchandises volées. Lorsque cette marchandise est manquante, cela peut avoir des conséquences sur ses résultats financiers. Comment réagir comptablement dans ce cas de figure ?
Publié le 25/05/2026
Les fondamentaux de la gestion de stock
La mise au rebut de stock d'une immobilisation
La mise au rebut d'un stock désigne le retrait définitif de marchandises ou de matières premières qui ne peuvent plus être vendues ni utilisées : produits endommagés, obsolètes ou détruits lors d'un incident. Cette sortie de stock n'est pas anodine sur le plan comptable, car elle affecte directement la valeur des actifs inscrits au bilan.
Concrètement, lorsqu'un article est mis au rebut en cours d'exercice, sa valeur disparaît du stock sans générer de recette. L'inventaire physique en fin d'exercice enregistre alors cette absence, réduisant mécaniquement le stock de clôture.
Pour les mises au rebut d'un montant significatif, une écriture comptable distincte s'impose afin de tracer la sortie et d'en expliquer l'origine aux tiers — commissaires aux comptes, administration fiscale ou partenaires financiers. Un justificatif attestant la destruction reste indispensable pour sécuriser cette démarche.
La dépréciation du stock
La dépréciation du stock se distingue fondamentalement de la mise au rebut : les marchandises sont toujours présentes physiquement, mais leur valeur marchande a chuté en dessous de leur coût d'achat initial. C'est le principe de prudence comptable qui oblige l'entreprise à constater cet écart dès la clôture de l'exercice.
Prenons un exemple parlant : un grossiste détient 10 000 € de marchandises électroniques dont le prix de revente attendu tombe à 7 000 € suite à l'arrivée d'un modèle concurrent. Il doit alors enregistrer une dotation aux dépréciations de 3 000 €, en débitant le compte 68173 et en créditant le compte 397 « Dépréciations des stocks de marchandises ».
Cette écriture correctrice vient diminuer la valeur du stock à l'actif du bilan sans sortir définitivement les marchandises. Si la valeur se redresse lors d'un exercice ultérieur, une reprise sur dépréciation peut être comptabilisée via le compte 78173.
Quelle réaction adopter en cas de perte de marchandise ?
Lors de l’inventaire, la valeur du stock de clôture est évaluée de cette manière : on soustrait les sorties, qui ont eu lieu pendant l’exercice, de la valeur du stock d’ouverture et des entrées en stocks. Les sorties de stocks incluent les pertes de marchandises.
Aucune écriture n'est alors à enregistrer car les stocks sont corrigés par ce biais de l'inventaire physique. Toutefois pour ne pas fausser la marge commerciale, il est possible de comptabiliser la valeur des marchandises perdues.
Attention, si le montant est faible par rapport à l’ensemble des achats, aucune écriture comptable ne sera passée.
En revanche, si le montant est important, il faut alors passer des écritures spécifiques pour éviter que la marge brute et que le résultat d’exploitation de la société ne soient trop pénalisés par cette perte. Cette écriture est sans influence sur le résultat, mais son enregistrement permettra d’expliquer la faiblesse de la marge commerciale.
Comment comptabiliser une perte de marchandises périmées ?
Les marchandises périmées ont un impact direct sur la valeur du stock de clôture : elles en sont automatiquement exclues lors de l'inventaire physique, ce qui réduit mécaniquement l'actif du bilan. Aucune écriture spécifique n'est donc obligatoire.
Prenons un exemple concret : un commerce alimentaire détruit chaque mois des yaourts et fruits périmés pour une valeur de 800 €. Pour tracer ces destructions et justifier la baisse de sa marge, il peut débiter le compte 658 et créditer le compte 791, sans affecter le résultat net.
Lorsque la perte de valeur est plus structurelle — par exemple des stocks dont le prix de marché chute durablement — il convient de passer des dotations aux dépréciations via le compte 397. Ce traitement exige un document justificatif attestant la destruction ou l'invendabilité des marchandises concernées.
Quelle manipulation comptable effectuer concrètement ?
Dans le cas de montants importants, plusieurs situations sont à distinguer pour passer des écritures, en fonction de la nature de la perte.
S’il s’agit d’un vol de marchandise, il est possible d’inscrire en débit le compte « 6178 – Autres charges exceptionnelles sur opérations de gestion » et en crédit le compte « 791 – Transferts de charges d’exploitation ». En cas d’indemnité perçue en remboursement par les assurances, une écriture doit également être passée. La somme perçue est en effet à enregistrer en débit du compte « 512 – Banque » et en crédit du compte «791 – Transferts de charges d’exploitation ».
À noter : en principe, la TVA sur la marchandise qui a disparu avant d’être vendue doit être reversée en déduction des achats. Toutefois, aucune régularisation de TVA n’est demandée par l’administration fiscale si vous pouvez apporter la preuve d’un dépôt de plainte pour vol.
S’il s’agit d’une démarque inconnue, c’est-à-dire de vols habituels définis sous la forme d’un pourcentage du chiffre d’affaires, il faut débiter le compte « 658 – Charges diverses de gestion courante » et créditer le compte « 791 – Transferts de charges d’exploitation ».
Concernant la TVA, il existe une tolérance fiscale dans le secteur de la distribution pour ne pas régulariser son montant, même en l’absence de dépôt de plainte, si son taux n’est pas trop élevé.
S’il s’agit de produits périmés, il faut passer les pertes au compte du 603700 qui enregistre les variations de stock. L'idée étant que la charge ne reste pas dans le coût des marchandises vendues afin que la marge ne soit pas grevée de ce montant.
Les différents comptes à utiliser
Le compte 658000
Le compte 658000 « Charges diverses de gestion courante » s'applique précisément aux pertes récurrentes et prévisibles, comme la démarque inconnue dans le commerce de détail. Contrairement aux sinistres exceptionnels, ces pertes relèvent du fonctionnement ordinaire de l'entreprise.
Concrètement, une enseigne de grande distribution qui constate chaque année 1 % de son chiffre d'affaires en marchandises disparues peut mobiliser ce compte pour tracer ces sorties de stock sans dégrader artificiellement sa marge commerciale.
Son utilisation reste pertinente dès lors que le montant est significatif au regard des règles d'évaluation retenues dans les comptes annuels. Une mise au rebut ponctuelle de faible valeur n'exige pas forcément ce traitement : c'est l'inventaire physique qui suffit alors à corriger le stock et à garantir l'image fidèle du patrimoine exigée par le plan comptable.
Le compte 758
Le compte 758 « Produits divers de gestion courante » intervient dans une logique de neutralisation comptable : il est crédité en contrepartie d'une charge constatée, permettant ainsi d'isoler la perte sans impacter le résultat net de l'exercice.
Son rôle est donc complémentaire au compte 658. Quand une entreprise débite le 658 pour enregistrer une perte de marchandises, elle crédite le 758 pour équilibrer l'écriture — une technique qui préserve la lisibilité du compte de résultat tout en traçant fidèlement l'origine de la perte.
Ce mécanisme est particulièrement utile pour les directions financières souhaitant distinguer les pertes opérationnelles des charges ordinaires d'exploitation. Un grossiste alimentaire qui subit régulièrement des destructions de produits frais trouvera dans ce compte un outil de pilotage précieux pour analyser l'évolution de ses pertes d'un exercice à l'autre.